Dj Shadow - Organ Donor (Live version)

Né en 1973 à Hayward une banlieue « classe moyenne » de San Francisco, Josh Davis est dès l'âge de neuf ans happé par le mouvement hip-hop émergeant. Il se distingue grandement de ses camarades blancs, tous versés dans le hard rock dominant des années 80. Le jeune Josh Davis se passionne pour les scratches, breaks et autres collages élaborés à partir de deux platines par les DJs du hip-hop. Très jeune, c'est déjà un acheteur compulsif de vinyles y cherchant la matière qui va lui permettre de sélectionner les breaks les plus innovants à l'instar des maîtres du genre comme DJ Kool Herc, Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash et les plus obscurs Double Dee & Steinski (« Lesson Mixes »). Ne s'imposant aucune restriction de style, il pioche aussi bien ses breakbeats dans le funk, la soul que dans le blues, le folk, le garage et même la musique classique et la salsa. Dès l'adolescence, cette culture encyclopédique le pousse à affirmer une grande sensibilité rythmique et à élaborer ses propres compositions sur une console « quatre pistes » rudimentaire. Ses modèles en rap ont pour noms à l'époque Run DMC (le morceau « Peter Piper »), Eric B and Rakim, Ultramagnetic MCs et le collectif Bomb Squad, architectes sonores du révolutionnaire Public Enemy. Les débuts dans le rap A partir de 1989, Josh Davis anime régulièrement des émissions sur diverses « college radios ». Son don déjà évident pour le mix lui ouvre les portes d'une grosse radio de la Côte Ouest KMEL où il anime une émission qui, en quelques mois, est suivie par deux millions d'auditeurs. Cette reconnaissance publique lui vaut la proposition enthousiaste de Red Alert le management de A Tribe Called Quest d'intégrer la toute nouvelle maison de disques nommée Hollywood Basic. Il n'y sort que quelques morceaux sous forme de « white labels » et autres sorties confidentielles comme le prometteur « Shadow's Legitimate Mix » sous le pseudo de Zimbabwe Legit. Vers 1993, Josh Davis crée le collectif Solesides qui regroupe des rappeurs de San Francisco comme Blackalicious (Chief Xcel et The Gift of Gab) et Lateef The Truth Speaker, ainsi qu'un producteur talentueux du nom d'Automator. Les 3 MCs se caractérisent par des phrasés singuliers et des textes élaborés et politisés très loin des clichés « gangsta » en cours à l'époque dans le rap « West Coast » qui domine les charts. C'est le désormais bien nommé DJ Shadow qui confectionne tous les instrumentaux. Les ventes plafonnent à 20 000 exemplaires entraînant un succès underground et l'attention du tout jeune label anglais Mo' Wax, à la croisée du jazz, du hip-hop et de la soul. Son fondateur James Lavelle, âgé d'à peine 18 ans, est séduit par le morceau instrumental « Entropy », paru sur Solesides, mais les titres « In/Flux » et surtout « Lost and FOUND » l'impressionnent particulièrement avec le sample de batterie de « Sunday Bloody Sunday » de U2. Ces deux titres sélectionnés comme premiers simples du label deviennent la carte de visite de Mo' Wax et de l'artiste. Mister Trip-Hop La compilation Headz de Mo' Wax (1994) fait connaître au monde entier le hip-hop instrumental de DJ Shadow. Ses morceaux sombres et ralentis donnent naissance à un nouveau style nommé « downtempo » et « trip-hop » dans les colonnes de Mixmag. La dernière expression fera florès pour le meilleur et pour le pire. Toujours inscrit à la fac de psychologie, Josh Davis s'endort un soir sur un de ses livres et se réveille sur le chapitre « What does your soul look like ? ». Cet intitulé énigmatique fournit le titre d'une suite emblématique de 32 minutes en quatre parties qui devient vite la meilleure vente du label Mo' Wax en maxi. DJ Shadow s'y exprime sur un format long : la variété des ambiances, le travail intense de recomposition des samples et la pertinence des scratches le consacrent comme l'un des grands de la musique électronique. Statut un peu pesant pour l'artiste qui sait que sa démarche si travaillée et exemplaire s'inscrit dans une longue tradition de recherche musicale en hip-hop instrumental. DJ Shadow s'attelle à son premier long format et travaille pour son label Solesides les instrumentaux du premier album du duo Latyrx et du Mini album Melodica pour le groupe Blackalicious. La patte du producteur y est reconnaissable tout en étant plus directe et rythmée. En 1996, sort enfin le premier album de DJ Shadow malicieusement intitulé Endtroducing....., véritable coup de maître tant par la richesse des (nombreux) samples, l'absence de vocaux et la cohésion du propos : aucun temps de relâche dans ce disque qui sonne comme la Bande Originale urbaine d'un film imaginaire. Distribué par la major Universal, ce jalon du label Mo' Wax trouve une audience mondiale bien au-delà du public hip-hop : l'album est plébiscité par les radios indépendantes et les médias branchés anglais. Deux ans plus tard, la compilation Preemptive Strike réunit ses premiers maxis ainsi que son tout nouveau titre le très garage psychédélique « High Noon ». Impressionné par la renommée ahurissante de son artiste, le patron du label Mo' Wax James Lavelle sollicite Josh Davis pour rentrer dans son collectif UNKLE, ensemble à géométrie variable qui expérimente hip-hop, techno et funk. DJ Shadow devient le coordinateur et compositeur musical du premier long format de UNKLE, dont les ambitions pharaoniques sont de créer un équivalent moderne et pop au séminal Blue Lines de Massive Attack (1991). Thom Yorke de Radiohead, Richard Ashcroft de The Verve et les rappeurs Kool G Rap et Mike D des Beastie Boys viennent poser sur les instrumentaux lyriques et pop de DJ Shadow, qui fournit un travail intense sur les séances. Malgré ces vedettes, la promotion coûteuse de l'album et une bonne reconnaissance critique, Psyence Fiction (1998) n'est pas accueilli à sa juste valeur et les ventes se révèlent décevantes. Universal à la suite de ce semi-fiasco, met en veilleuse Mo' Wax durant plusieurs années. Dégouté, DJ Shadow se retire de l'aventure UNKLE, prend ses distances avec James Lavelle mais reste sur Mo' Wax. Rencontres et métissages En 1999, il permute sa structure Solesides et ses propres productions dans un tout nouveau label Quannum qui comprend déjà Blackalicious et Latyrx. La double compilation Greatest Pumps introduit la nouvelle maison de disque distribuée par Ninja Tune dans le registre « downtempo », créé par le duo Coldcut en 1993. La même année il revient au mix en compagnie d'un autre génie des platines DJ Cut Chemist, « beatmaker » des très estimés Jurassic 5. Ensemble, ils vont sortir les sélections mixées Brainfreeze (1999) et Product Placement (2001). Le panel des titres va chercher dans les références obscures du funk, du hip-hop et du rock psychédélique combinées avec des bruitages du quotidien et des jingles en tous genres. Regonflé par cette expérience, DJ Shadow fonce dans son studio préparer son très attendu deuxième album. En juin 2002, sort sur Mo' Wax Private Press. On retrouve la palette très large du producteur, sa maîtrise des beats et des ambiances dans un contexte moins noir et plus festif. Un noyau de fans est déçu de ne pas retrouver un Endtroducing..... volume 2, mais Private Press se révèle tout aussi bon, renouvelant le son de l'artiste avec un « Monosylabik » digne d'un Aphex Twin. En 2003, DJ Shadow sort un nouveau mix, Diminishing Return, plus axé hip-hop et basé sur une sélection éclectique et érudite du genre : on y trouve un inédit « War and Hell ». Dans la tournée mise en route pour soutenir Private Press, le dispositif scénique mélangeant platines vinyles et CD avec des visuels vidéo très soignés enthousiasme les publics du monde entier. Pour graver la performance, DJ Shadow sort en juin 2004 le remarquable DVD In Tune and On Time. Une tradition du renouveau En 2006, quitte à déconcerter tous ses fans, DJ Shadow sort son troisième LP, The Outsider. Contrecarrant les précédents qui ne contenaient que des samples, celui-ci s'illustre par de nombreuses collaborations vocales dont les rappeurs David Banner, Keak Da Sneak, E 40, Q-Tip, les chanteurs de Kasabian et un certain Chris James. La Présence de morceaux rap dans le style très brut de San Francisco (dit « hyphy ») hérisse les fans d'Endtroducing..... et l'inclusion de « chansons » plutôt pop rend les autres fans encore plus perplexes. Soucieux comme à son habitude de violenter ses vieux réflexes de producteur, DJ Shadow livre un album très ouvert et culotté prouvant sa constante quête de renouvellement. Les années 2007 et 2008 le voient repartir pour une tournée mondiale en tant que DJ en duo avec son fidèle collègue DJ Cut Chemist. Après une longue période de silence passée à peaufiner ses samples, le Californien revient en 2011 produire The Less You Know The Better.

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